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Qu'est-ce que l’IPBES ?

Une organisation pour sensibiliser et coordonner l’action publique en faveur de la protection de la biodiversité...

« IPBES »… ce sigle ne vous dit rien ? On ne vous en veut pas : cette organisation née en 2012 est assez largement inconnue au bataillon. Discrète, elle assume pourtant une mission absolument clé : sensibiliser et coordonner l’action publique en faveur de la protection de la biodiversité. Autrement dit, rien de moins que promouvoir… la vie sur Terre ! Profitons (en 2022) de son dixième anniversaire pour mieux la connaître.

Photo d'une pelouse

L'IPBES en bref

> Créée en 2012 sous l'égide de l'ONU.

> Dans une certaine mesure, l’IPBES accomplit pour la biodiversité ce que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) accomplit pour le changement climatique.

> Entre 2016 et 2019, l’IPBES a publié :
2 rapports thématiques, un sur les pollinisateurs, l’autre sur la dégradation des terres ;
1 rapport méthodologique sur les scénarios et les modèles ;
4 rapports régionaux sur l’état de la biodiversité, dans les Amériques, en Afrique, en Asie-Pacifique et en Europe-Asie centrale ;
1 rapport d’évaluation mondial sur la biodiversité et les services écosystémiques.

D’où vient l’IPBES ?

Commençons par la base : la prononciation. L’IPBES se prononce « ip’bèsse ». Un diminutif utile car son nom intégral donne un peu le tournis. En version française, c’est la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Née il y a tout juste 10 ans, l’IPBES répond en fait à une préoccupation assez ancienne, qui a émergé dès les années 1970 : comment limiter les dégâts causés par l’humanité sur le reste du vivant. Déforestation, pollution chimique, bétonisation, surexploitation… notre espèce n’est en effet pas tendre avec son environnement. La seconde moitié du XXe siècle, en particulier, a été marquée par une accélération terrible des agressions contre la biodiversité. Progressivement, des voix se sont alors levées pour plaider la cause des végétaux, animaux et autres êtres vivants non-humains mis en péril par notre hégémonie.

Un premier pas a été franchi avec la Convention sur la diversité écologique, un traité international signé à Rio en 1992. Mais demeurait l’idée qu’il fallait une organisation intergouvernementale pour porter, plus intensément, cette question. Ce sera l’IPBES. La plateforme voit officiellement le jour le 21 avril 2012, rejointe par 94 gouvernements. Créée sous l’égide de l’ONU, elle en est toutefois indépendante.

A quoi ressemble l’IPBES ?

L’IPBES ressemble à beaucoup d’organisations intergouvernementales : elle s’organise autour d’une structure un peu complexe. Retenons ici les deux éléments les plus importants qui la composent :

- une assemblée plénière. Elle est constituée des représentants des Etats-membres, et se réunit une fois par an. C’est là que sont prises les grandes décisions et que sont validés les travaux de l’IPBES avant publication. En une décennie, l’IPBES a su convaincre et a donc grandi : ses plénières regroupent désormais près de 140 États (sur 195 dans le monde), ainsi que de nombreux observateurs de la société civile.

- un panel multidisciplinaire d’experts (MEP). Il s’agit là de la véritable raison d’être de l’IPBES : réunir le meilleur de la science pour mieux connaître l’état de la biodiversité. Par souci de représentativité, la composition de ce panel est très finement établie : chacune des cinq régions des Nations Unies envoie cinq scientifiques. Ils sont donc 25 au total. Leur job ? Superviser toutes les fonctions techniques et scientifiques de la plateforme.

Comme son nom l’indique, la force de ce panel est sa multidisciplinarité. On y trouve ainsi : des biologistes, des botanistes, des écologues, des géographes, des politologues, des économistes, des agronomes ou des anthropologues. À noter que ce panel est épaulé par des dizaines d’autres scientifiques qui contribuent, de manière ponctuelle, aux différents travaux de la plateforme.

À quoi sert l’IPBES ?

S’il fallait schématiser, on pourrait dire que sa mission principale est d’informer et de pousser les décideurs à agir pour préserver la biodiversité sur Terre. Elle fait ainsi l’interface entre les scientifiques et les politiques : l’IPBES évalue et compile toutes les connaissances scientifiques disponibles pour mieux les relayer auprès de celles et ceux en capacité d’agir.

On peut la comparer au GIEC, son grand frère, qui fait grosso modo la même chose, mais pour le climat. Comme lui, l’IPBES produit des rapports très costauds pour convaincre et alerter sur la richesse et la vulnérabilité de la biodiversité. L’IPBES aide aussi les décideurs qui le souhaitent à bâtir des politiques publiques bonnes pour le vivant, en conseillant des outils et des méthodologies.

Sur son site, la plateforme définit ainsi son rôle : « Renforcer, grâce à la science, les connaissances qui serviront de fondement à la formulation de meilleures politiques pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité, le bien-être à long terme des populations et le développement durable. »

Pourquoi c’est essentiel ? 

La biodiversité, ou diversité biologique, est l’ensemble des êtres vivants sur notre planète ; nous y compris. Une diversité qui -c’est scientifiquement prouvé- est nécessaire à notre propre vie sur Terre : les insectes pollinisent les plantes qui nous nourrissent ; les plantes produisent l’oxygène que l’on respire ; les bactéries entretiennent les sols que l’on cultive ; et cetera. Nous dépendons structurellement et directement des milliers d’autres espèces qui nous entourent.

Or la biodiversité est aujourd’hui très (très) mal en point. Depuis plusieurs décennies, elle s’effondre, même. C'est ce que les scientifiques nomment « la 6e extinction de masse ». S’il fallait retenir quelques chiffres, gardons ceux du rapport du WWF Planète vivante 2020 : depuis 1970, les populations de vertébrés (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens) ont diminué de 68 %. Quant aux espèces de plantes et d’arbres, 22 % de celles connues sont en voie d’extinction.

Les causes de ce drame sont humaines, rappelle l’ONG. Il s’agit de :
1/ « la déforestation et la conversion de la nature en terres agricoles » ;
2/ « la surexploitation des forêts et des terres » ;
3/  « le commerce des espèces sauvages ».

Quant au dérèglement climatique, lui aussi d’origine humaine, il agit comme un amplificateur de cet effondrement.

Où trouver les rapports de l’IPBES, et que nous disent-ils ?

L’IPBES rend publics l’essentiel de ses travaux sur son site web. Les rapports d’évaluation, baptisés « Assessment Reports », sont les plus connus et les plus lus. Ils compilent et synthétisent des milliers d’études scientifiques et de savoirs autochtones, offrant un regard précis et d’ensemble sur les problématiques de biodiversité.

L’IPBES a publié son tout premier rapport en 2016. Le document, qui s’intéresse aux enjeux de la pollinisation, avait à l’époque marqué les esprits et demeure une référence en la matière.
Résultat du travail de 77 experts internationaux pendant deux ans, « Pollinisateurs, pollinisation et production alimentaire », s’appuie sur 3 000 articles scientifiques et sur des connaissances locales récoltées dans près de 60 territoires partout dans le monde.

Parmi ses principaux messages :

- « La pollinisation animale joue un rôle vital en tant que service écosystémique de régulation dans la nature. Près de 90 % des plantes sauvages à fleurs en dépendent. »
- « 5 à 8 % de la production agricole mondiale, représentant une valeur marchande annuelle de 235 à 577 milliards de dollars, est directement attribuable à la pollinisation animale. »
- « Les produits alimentaires qui dépendent des pollinisateurs contribuent pour beaucoup à une alimentation humaine saine et à une bonne nutrition ».


Depuis 2016, l’IPBES a aussi publié un rapport thématique sur la dégradation des terres ; un rapport d’évaluation mondial sur la biodiversité et les services écosystémiques ; ou encore des rapports régionaux.

En juillet 2022, l’IPBES a rendu publiques de nouvelles évaluations, dont l’une, très remarquée, sur « l’utilisation durable des espèces sauvages ». On y découvre que les humains utilisent plus de 50 000 espèces sauvages pour s’alimenter, se soigner, s’habiller ou se loger. Pour une grande partie de l’humanité, c’est même une question de survie : 1 Terrienne •sur cinq dépend directement des espèces sauvages pour vivre (revenu et alimentation).

Comme le GIEC, les travaux de l’IPBES servent de base de travail lors des COP Biodiversité.

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