Quel est le lien entre climat et biodiversité ?

Le changement climatique bouleverse le vivant sur terre. Climat et biodiversité sont en effet très intimement liés. On vous en dit plus !

Quel est le lien entre climat et biodiversité ?

La crise climatique est aujourd’hui bien installée dans nos vies. Inscrite à l’agenda politique, décrite par les médias, et de plus en plus visible aux quatre coins de nos territoires (sécheresses, inondations…). Dans son ombre, plus discrète, réside pourtant une autre crise, elle aussi immense : celle de la biodiversité, qui s’effondre à un rythme dramatique.
Ces deux crises, loin d’être distinctes, sont en fait jumelles. C’est scientifiquement établi : le climat et la biodiversité forment un couple uni, solidaire et interdépendant. Les variations de l’un affectent la seconde, et vice versa. Autrement dit, quand l’un souffre, l’autre aussi…

En 2021, deux organisations spécialistes du climat (le GIEC) et de la biodiversité (l’IPBES) se sont d’ailleurs associées pour la première fois afin de mettre en valeur les liens puissants qui unissent ce couple. Dans leur rapport, elles martèlent deux réalités qui doivent nous pousser à agir :

- « La perte de biodiversité et le changement climatique sont tous deux générés par les activités économiques humaines (production et consommation) »
- « Ces deux crises écologiques se renforcent mutuellement. »

BIODIVERSITÉ : S’ADAPTER…

La biodiversité (l’ensemble des espèces qui peuplent notre planète : plantes, bactéries, animaux, etc.) est en très net recul depuis un demi-siècle. La crise qu’elle subit est multifactorielle. Les plus directes sont la déforestation, la pollution chimique et la surexploitation des ressources. Il faut donc, aussi, ajouter le changement climatique.

Pour schématiser, on pourrait dire que plus il fait chaud sur Terre, plus le nombre d’espèces en souffrance augmente. Or tous les écosystèmes sont aujourd’hui exposés au réchauffement et à ses conséquences : zones humides, déserts, montagnes, forêts tropicales, océans, rivières, etc.

Pour survivre, les espèces tentent de s’adapter. Elles le font de plusieurs manières. Elles peuvent, d’abord, évoluer. On parle de « pression évolutive » du climat sur les espèces, qui développent de nouveaux traits de caractère pour déjouer les contraintes environnementales. Par exemple, des arbres surexposés à la chaleur se mettent à produire de plus petites feuilles. C’est le cas du bois de reinette, un arbuste australien, qui a trouvé cette parade pour compenser la hausse des températures locales (+1,5°C entre 1950 et 2005). Autre exemple, en France cette fois : des chercheurs du Museum nationale d’histoire naturelle ont découvert que les oiseaux naissaient plus petits lors des années chaudes. En effet, qui dit plus petit corps dit corps plus facile à refroidir…

Autre stratégie d’adaptation : déménager. Le schéma le plus typique dans nos contrées ? Une répartition des espèces qui se décale vers le nord, soit parce que les températures sont plus clémentes, soit parce que le climat, autrefois trop hostile, y devient désormais habitable. En Europe, par exemple, de nombreuses espèces d’oiseaux, d’amphibiens ou de poissons sont d’ores et déjà concernées.

D’autres déplacements, censés être immuables, sont bouleversés : les migrations saisonnières. Pour certains oiseaux, c’est même le grand chamboulement. Confrontés à des hivers plus courts et plus doux, ils changent leurs habitudes. On observe ainsi des cigognes blanches qui ne migrent plus ; ou d’autres espèces qui changent carrément de destination : la fauvette à tête noire, qui vit principalement en Allemagne, snobe désormais l’Espagne pour rejoindre... le Royaume-Uni.

Les conséquences pour les écosystèmes sont parfois problématiques. Les nouveaux arrivants peuvent causer des dégâts sur les espèces autochtones. Ainsi, en France, la chenille processionnaire du pin profite du réchauffement pour élargir son territoire de 4 km au nord par an depuis 10 ans. Un mouvement qui met en difficulté les arbres, les animaux… et l’humain, vulnérable face à la puissance urticante de l’insecte.

Quel est le lien entre climat et biodiversité ?

…OU DISPARAÎTRE

Les espèces ne sont pas toutes égales dans leur capacité à s’adapter. Il y a des espèces gagnantes et des espèces... perdantes.

Les gagnantes sont souvent des espèces dites « généralistes », plus flexibles dans leurs besoins. Citons par exemple le frelon asiatique, ravi de coloniser depuis 2004 une France qui se réchauffe ; ou le Moustique tigre, apparu dans les années 2000 en Camargue et aujourd’hui présent dans… 60 départements. D’aucuns annoncent même l’arrivée prochaine d’une autre espèce invasive en France : la Petite mangouste indienne…

À l’inverse, les perdantes sont généralement « spécifiques ». Dépassées par l’ampleur et la vitesse du changement climatique, elles sont condamnées au déclin, voire à l’extinction. Exemple typique : la végétation des sommets montagneux. Déjà tout en haut, ces plantes ne peuvent pas grimper davantage pour fuir la hausse des températures. Si l’on ne parvient pas à contenir le réchauffement, la plupart disparaîtront. Or, en Europe, on estime qu’un quart de toutes les plantes à fleur du continent ne se trouvent qu’en haute montagne… Soit des milliers d’espèces en sursis.

Dans un rapport de 2019, l'IPBES estime que près d’1 million d’espèces sont menacées d'extinction
dans les décennies à venir.

Moins de biodiversité = plus de réchauffement 

C’est le fameux effet boomerang. Le réchauffement climatique amplifie l’effondrement de la biodiversité… qui amplifie le réchauffement climatique.

La biodiversité rend en effet ce que l’on appelle des « services écologiques » : des effets positifs qui profitent aux écosystèmes, eux-mêmes régulateurs du climat sur Terre. Le plus fondamental de ses services ? La régulation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Pour le coup, la biodiversité ne chôme pas pour compenser nos excès : les écosystèmes terrestres et marins absorbent près de la moitié des émissions de CO2 générées par l’homme. De fait, en captant ce gaz à effet de serre, tourbières, milieux humides, sols, forêts et océans limitent le réchauffement planétaire. Certaines espèces, en particulier, sont des alliés insoupçonnés, nous dit le WWF… : la baleine, l’éléphant de forêt ou la loutre de mer.

Autre service rendu par la biodiversité : une protection naturelle contre cette fois les conséquences du changement climatique. Des exemples ? Les zones humides qui régulent et limitent les inondations ; les arbres qui créent des microclimats salvateurs lors des canicules ; ou les récifs de coraux qui protègent les côtes contre les vagues et les tempêtes.

Dans leur rapport, le GIEC et l’IPBES sont clairs. Il faut lutter sur les deux fronts : climat et biodiversité. Le premier implique d’abord de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Et le second d’être un peu plus tendre avec le reste du vivant.

Le rapport prescrit plus précisément :
1/ un arrêt immédiat de la destruction et de la dégradation des écosystèmes terrestres et océaniques riches en carbone et en espèces (forêts, zones humides, tourbières, mangroves, forêts de varech, etc.) ;
2/ un accroissement des pratiques agricoles et forestières durables ; 
3/ une restauration des écosystèmes riches en carbone et en espèces.

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