Le principe des émissions évitées : qu'est-ce que c'est ?

Compensation, stratégie bas-carbone… ou encore émissions évitées. Des principes qui se répandent, mais qui ne sont pas toujours évidents à comprendre…

Le principe des émissions évitées : qu'est-ce que c'est ?

Commençons avec une définition de l’ADEME (l'Agence De l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie en France) : “Les "émissions évitées" par une organisation concernent les réductions d'émissions réalisées par ses activités, produits et/ou services, lorsque ces réductions se réalisent en dehors de son périmètre d'activité. Elles sont évaluées au regard d'un scénario de référence.”

D’accord, mais concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Prenons un exemple… chez Decathlon, au hasard.
Il s’agirait ici de la vente d’un vélo d’occasion plutôt que celle d’’un vélo neuf (le “périmètre d’activité” habituel). On le devine, la revente de ce vélo émet moins de carbone que s’il avait fallu en fabriquer un nouveau : des émissions carbones ont donc été évitées.
Pour autant, il a tout de même fallu certaines actions pour permettre la vente de ce vélo d’occasion… Il s’agit alors d’un nouveau scénario, un scénario “seconde main”, différent du scénario de référence.
L'autre option, c'est celle de l'achat d'un vélo pour faire du vélotaf : notre heureux•se cycliste remplace certains de ses trajets en voiture pas des trajets à vélo.
Si la vente du vélo participe aux émissions de DECATHLON... il contribue aussi à la neutralité carbone planétaire : on assiste à une diminution globale des émissions.

Comment est calculé un scénario de référence ?

Le scénario de référence traduit la situation la plus probable qui aurait eu lieu en l’absence de la solution bas-carbone. Dans notre cas, le scénario de référence est la vente d’un vélo neuf et la solution bas-carbone est la vente d’un vélo en seconde main.
L’étape la plus importante est ensuite de décrire et de quantifier chaque étape de chaque scénario.

Les émissions évitées sont la différence des émissions produites par chacun des scenarii. Autrement dit, on regarde les émissions que l’on ajoute pour permettre une vente d’occasion, que l’on recoupe avec les émissions du scénario de référence. La formule pourrait se résumer ainsi :
scénario de référence - scénario de vente d’occasion = émissions évitées

Ça devient plus clair, non ? Alors on continue :)

Quelle méthode pour quantifier ces émissions ?

En 2018, grâce à la méthode QuantiGES les cabinets de conseil RDC environment et BV CODDE ont quantifié les émissions évitées liées à la réparation et la mise en vente d’un vélo en seconde main DECATHLON. Dans cette étude, le scénario de référence est : “Le consommateur (ou la consommatrice) achète un vélo neuf”.

Le scénario de vente d’occasion est le suivant : ”Il•elle achète un vélo réparé à la place d'un vélo neuf. Le vélo est en état de rouler dans un mode dégradé ou n'est plus en état de rouler. Pour le remettre en état avant la revente, il est nécessaire de remplacer le dérailleur, la chaîne et la cassette par des pièces neuves.“

Comment sont calculées les émissions évitées ?

Pour faire le calcul, il faut retracer le parcours “type” pour l’achat de ce vélo en seconde vie :
le transport de l’utilisateur (ou l’utilisatrice) qui ramène le vélo dans un magasin DECATHLON,
la production des pièces détachées pour remettre en état le vélo, à savoir, ici, le dérailleur, la chaîne et la cassette,
le transport des pièces détachées,
la fin de vie des pièces changées.

Le réemploi permet d’allonger la durée de vie du produit initial, car sans la reprise et la revente, le vélo aurait probablement terminé sa vie dans une décharge.

Dans ce calcul, nous prenons aussi en compte le fait qu’un vélo “retapé” aura perdu un peu de sa durée de vie. Autrement dit, un vélo en seconde main sera utilisé par exemple 5 ans alors que le vélo neuf sera utilisé 10 ans. Nous estimons ainsi à 50% la durée de vie restante pour ce vélo d’occasion.
Vous êtes peut-être déjà en train de penser que “mais non, pas forcément”, et on est bien d’accord. Néanmoins, pour être le plus juste possible dans nos calculs, nous préférons estimer une vision “pessimiste” de la situation (c’était déjà le cas lors de l’estimation des pièces à changer : il n’est pas si fréquent de devoir changer ces pièces sur un vélo). Mais tant mieux s’il y a de bonnes surprises !

Il est (presque) temps de comparer la vente d’occasion avec la production d’un “demi produit neuf”
“Presque”, parce qu’il faut encore recenser les émissions induites par le scénario de référence en prenant en compte le facteur d’allongement de la durée de vie, soit :
la production d’un demi vélo neuf,
le transport du vélo neuf depuis l’usine jusqu’au magasin,
le transport du vélo en fin de vie vers une décharge,
l’élimination du vélo en fin de vie.

et en chiffres ?

Un vélo neuf = 200 kilos de CO2
Un vélo d’occasion (toujours la base du “scénario pessimiste” qui implique des réparations) = 50 kilos évités, soit l’équivalent de 260 km en voiture.

Le principe des émissions évitées : qu'est-ce que c'est ?

Les enjeux des scénarios

Pour pouvoir calculer le plus justement possible les émissions évitées, il faut donc bien connaitre le cycle de vie d’un produit, pour agir là où son impact est le plus significatif. Dans notre exemple du vélo, c’est bien la phase de fabrication qui pollue le plus (et non celle d’utilisation). C’est donc bien sur cette phase qu’il faut agir. Si ceci est vrai pour le textile également (l’achat d’un jean a plus d’impact que son utilisation - rapport au lavage), ce n’est pas toujours le cas... Pour un réfrigérateur par exemple, c’est finalement la phase d’utilisation qui a l’impact le plus notable.

Le principe des émissions évitées : qu'est-ce que c'est ?

ET CHEZ DECATHLON ?

La vente d’occasion fait partie de l’histoire de DECATHLON (le TROCATHLON a été créé en 1986). Aujourd’hui, la vente d’occasion se fait toute l’année. En 2021 par exemple (en France), ce sont plus de 104 000  vélos qui ont été vendus en seconde main.

Côté location, un service lancé notamment avec les vélos enfants, c’est plus récent (2020/2021). On compte ainsi très exactement 97 474 locations de produits Decathlon dans le Monde (courte durée, abonnement, longue durée) (contre 63 090 en 2020).

La réparation a un rôle : s’inspirant de l’indice de réparabilité développé en France par l’ADEME, Decathlon a établi en 2021 des critères permettant de définir le potentiel réparable de ses produits. Pour chaque famille d’articles, il est ainsi vérifié que :
■ la documentation est accessible,
■ les pièces détachées sont disponibles,
■ le produit est démontable,
■ le coût de réparation est au moins 30 % inférieur au prix d’achat du produit neuf.
En suivant ces quatre critères (et avec un travail de recensement des problèmes majoritairement survenus pour chacune des familles de produits), les équipes ont ensuite été capables de définir pour chaque typologie le pourcentage de casses et pannes couvertes par une solution de réparation.

Et, concrètement, un site support propose des tutos pour encourager la réparation.

Aujourd’hui, si ces sujets accélèrent, ils ne représentent que 1,47 % de chiffre d’affaires durable (seconde vie, location, réparation des produits).
Malgré tout, on note une augmentation : il était de 1,36 % en 2020 (notre plan de transition est disponible ici si vous souhaitez comprendre la trajectoire de DECATHLON).

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