Les applications consommation qui ont changé nos façons de vivre

Depuis que vous avez téléchargé Yuka, Mylabel ou Clear Fashion, vous avez le scan de code-barres facile. C’est grave docteur ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul·e…

Les applications consommation qui ont changé nos façons de vivre (et pourquoi nous allons bientôt voir arriver des appli pour voir l'impact environnemental de nos vêtements)

Les applications d’aide à la consommation responsable font de plus en plus d’adeptes. Elles influenceraient même les achats quotidiens de nombreux·ses Français·es. Inspection générale des caddies et des smartphones !

Comment savoir si ces aliments sont bons pour ma santé ? 

À nos diverses préoccupations, viennent désormais répondre des applications d’aide à la consommation : Good on you, Open Food Facts, Yuka, Clear Fashion, etc. Des personal shoppers virtuels et éthiques qui font, pour nous, le tri dans nos frigos et nos armoires. Lorsque nous sommes déroutés par le trop ou le trop peu d’informations sur un article, nous nous en remettons à elles. « Élire les meilleurs produits », c’est dire l’importance de la mission confiée, au point même de faire trembler les plus grandes enseignes. Alors, que sont ces applications ? À quoi servent-elles ? Sont-elles fiables ? Quels impacts ont-elles sur nous et la consommation ? On passe le sujet au scanner — oui, elle était facile —.

Une application d’aide à la consommation responsable, qu’est-ce que c’est ?

Commençons par le commencement. Une application consommation repose sur un principe simple : l’évaluation de marques ou de produits par une note ou une appréciation. Comme à l’école ! Les éléments considérés sont généralement liés à la santé ou au développement durable. Elle se télécharge directement sur notre smartphone, via les catalogues : Google Play store sur Android, ou App Store sur iPhone… On connaît bien. Des plateformes associées sont souvent disponibles en ligne.
On a vu apparaître les premières applications d’aide à la consommation responsable en 2016. Open Food Fact, Good on you ou Yuka font partie des pionnières. Il en existerait aujourd’hui plusieurs dizaines positionnées sur différents secteurs : l’agroalimentaire, les produits d’entretien, la cosmétique, le textile, etc.

À quoi sert une application "scan produit" ?

C’est simple : jouer à la marchande (ou au marchand) en scannant tous les articles qui nous tombent sous la main ! Si le plaisir de renouer avec notre enfance est réel, il s’agit surtout de révolutionner notre manière de consommer. Rien de moins.
La clé pour y parvenir : une information vulgarisée et visuelle. Avec ce système de feu tricolore — vert, orange, rouge —, elles nous font prendre conscience de la composition de nos achats quotidiens ou des pratiques environnementales des marques.
Les vertus sont nombreuses : elles nous font mieux manger, moins consommer, nous évitent de gaspiller, améliorent notre santé, satisfont notre curiosité, dénoncent certains constituants ou habitudes d’entreprises, jusqu’à parfois les faire évoluer.

Comment fonctionnent ces applications (liées à l'alimentaire ou non) ?

Les applications de consommation ont différents modèles. Ce serait trop simple sinon. Les plus ludiques, comme Quel Produit ou Clear Fashion, proposent un outil de scan associé à un système de notation. Elles s’utilisent directement en magasin. 
D’autres, comme Too good to go ou OptiMiam, mettent en relation clients et commerçants afin d’éviter le gaspillage alimentaire. 

Quelle application pour savoir ce que l’on mange ? D’où vient leur contenu ?

On vous dresse la liste des applications du secteur alimentaire les plus connues : Yuka, BuyOrNot, ScanUp, QuelProduit, Open Food Facts, Siga, Nutrition Score, Kwalito, etc. C’est par elles que le réflexe de sortir notre téléphone en rayon de supermarché est devenu une habitude (une addiction peut-être ?). 
À leur lancement, elles constituent généralement leur base de données à partir de celle d’Open Food Fact, une association créée dès 2012. Fondée sur le même modèle que Wikipédia, tous les consommateurs du monde entier peuvent venir enrichir son contenu collaboratif. L’accès à l’information est libre et gratuit. 850 000 articles y seraient enregistrés ! 
D’autres comme Yuka ou Kwalito préfèrent passer par leurs utilisateurs et par la startup Alkemics. À noter que cette entreprise du secteur privé récupère ces données directement auprès des industriels et sociétés de l’agroalimentaire.

Quelles informations trouver dans ces applications pour connaître la composition des produits ?

En y regardant de plus près, on observe que, globalement, les applis de conso alimentaire établissent leur notation à partir du Nutri-Score. Mais siii le « E » rouge sur vos glaces préférées ! C’est donc ce code associant couleur et lettre sur les emballages. C’est bon quand c’est un A vert, c’est pas terrible en cas de « E rouge ». Désolée pour vos glaces… 
Ensuite, l’algorithme des applis va compléter la note en fonction de la présence d’additifs et du caractère biologique du produit. Plus il y a d’additifs, moins c’est bon… Plus c’est bio, mieux c’est. 
La plupart du temps, elles vont aussi vous indiquer le score « Nova ». L’Organisation mondiale de la santé reconnaît cette note de 1 à 4. Elle permet de savoir si l'article que vous avez entre les mains est très ou peu transformé. 1 = pas transformé. 4 = archi transformé !
Si tous ces scores sont rouges, les applications ne vous laissent généralement pas en plan. Elles vous proposent un produit alternatif mieux évalué. Qui sait, il y a peut être des crèmes glacées chocolat/caramel/noix de pécan notées « A » ?

Les informations complémentaires : cosmétiques, écologie, impact sociétal, régimes spéciaux… 

« Bien manger », OK, mais nos motivations peuvent aller bien au-delà de l’aspect santé. Pas de problème, les applis s’adaptent. Vous souhaitez connaître les conséquences de la production d’un article sur le climat, le sol, l’air et l’eau ? Rendez-vous sur Open Food Fact, vous y verrez l’Eco-Score. Il reprend le même système de notation par lettre et par couleur.
Les compositions des produits cosmétiques vous questionnent ? Pensez Quel Produit ou Yuka.
Si vous êtes plus branché·e impact sociétal des entreprises, BuyOrNot vous donnera accès aux campagnes de boycott en cours.
Vous suivez un régime alimentaire spécial : sans gluten, pour femme enceinte, sans lactose, etc. L’application Kwalito sera en mesure de vous indiquer les produits recommandés pour votre cas spécifique.

Quelle application pour des vêtements responsables ?

Préparez-vous à les voir débarquer sur votre smartphone, elles sont en plein boom ! Après l’alimentaire, les applications s’attaquent au secteur du textile. On recense par exemple : Good On You, Clear Fashion, Moral Score, Viji, Pushoose. Certaines proposent le scan d'articles via code-barre comme Clear Fashion. D’autres, à l'instar de Moral Score ou Good On You, se contentent d'évaluer les entreprises.
Le système de feu tricolore (encore lui !) associé à une note, souvent sur 100, est largement repris. Les critères mesurés correspondent généralement à : l’environnement, l’humain, la santé, le bien-être animal, et les lieux de production.
Les données sont directement récoltées sur le net à partir des informations Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) disponibles, auprès des compagnies ou parfois aussi en se basant sur des articles de presse.

EST-CE QUE LES APPLICATIONS CONSOMMATION COMME YUKA OU GOOD ON YOU SONT FIABLES ?

Dans leur globalité, les applications d’aide à la consommation tâchent de considérer des critères objectifs. Par exemple, pour Yuka : une liste d’ingrédients fournie sur un paquet confrontée à des informations scientifiques vérifiées. Pour Clear Fashion, des données RSE laissées accessibles par les entreprises. Mais voilà, elles ont aussi leurs limites.

Pour être fiables, encore faut-il que les données trouvées sur le net matchent avec les normes de mesure de ladite application. Imaginez, elles possèdent chacune leur propre cahier des charges. Et puis, il y a aussi le problème de la mise à jour régulière des informations.
Il faut également considérer que les évaluations sont des moyennes qui ne s’embarrassent pas forcément de la complexité de certains cas. Pour les applications textiles, pas évident de mesurer certains critères aussi vastes que l’impact social d’une entreprise par exemple. Sur quoi se baser : la rémunération, le lieu de travail, la mixité, etc. ?
Et puis, prendre en considération des articles de presse, avec un angle et un point de vue particulier, pour établir une note n’est pas nécessairement la meilleure idée pour faire preuve d’objectivité, non ?

Une autre limite : les applications nous oublient un peu en tant qu’individus. Finalement, peu d’applications alimentaires prennent en compte notre profil ou nos données morphologiques. Ainsi, quelqu’un de sportif a besoin d’un apport journalier en calories plus important qu’une personne sédentaire. Pour autant, un produit gras ou sucré sera noté de la même manière pour les 2 personnalités sur l’application.

On remarque aussi que les additifs sont invariablement mal considérés. Là encore, il pourrait être utile de nuancer. Tout est question de dosage, un additif consommé en petite quantité et occasionnellement ne représente pas nécessairement un risque pour la santé.
De même, les apports quotidiens en calcium sont essentiels pour le bon fonctionnement de notre corps. Cependant, un fromage obtiendra systématiquement une mauvaise note sur les applis, car jugé trop gras. Tout comme une pâte de fruits faite pour être consommée pendant une séance de sport sera notée comme trop sucrée.

Au final, même si les applis nous fournissent une information cruciale que nous ignorions jusqu’à lors, l’équilibre alimentaire et notre sens critique doivent rester notre référentiel pour prendre une décision finale.

des chiffres qui en disent long

Yuka compterait plus de 21 millions d’utilisateurs en 2021.
9 millions d’Européens auraient téléchargé Too good to go.

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Comment expliquer le succès des applications d’aide à la consommation ?

Le centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) a sorti entre 2018 et 2020 plusieurs enquêtes sur les tendances de consommation des Français. En 20 ans, les analystes ont constaté une forte progression des achats bio, en vrac et d’occasion.
Et si on ne parle que d'habitudes alimentaires, depuis 2010, la consommation moyenne de fruits augmente… — 5 fruits et légumes par jour ! — pendant que celle de la viande diminue depuis 20 ans. Il semblerait donc que nous ayons envie de manger plus sain, moins transformé et que ça ne date pas d’hier
Le CREDOC rapporte également que la prise de conscience écologique est en très forte progression chez les Français, que la mise en pratique d’actions individuelles sous forme de « consommer moins » ou de « consommer mieux » se diffuse. En 2018, 26 % des Français plaçaient l’environnement en tête de leurs inquiétudes. Un record en 40 ans d’enquête du CREDOC.

Peut-on alors parler d’un effet de mode ?

Quand les usages changent depuis 20 ans, on est plutôt sur une tendance de fond… Les motivations des Français à modifier leurs habitudes sont certes différentes en fonction de la sensibilité de chacun : coût, santé, impact social, prise de conscience écologique ou de bien-être animal. Mais les applications de consommation répondent directement à l’ensemble de ces préoccupations. Elles fournissent une information facile d’accès, transparente, claire et, surtout, immédiate.

Des applications qui séduisent les consommateurs•trices de demain

Ces applications répondent aussi aux besoins de la jeune génération. Tiraillée entre 2 intentions, elle se montrerait à la fois captive de la consommation et engagée dans sa manière d'acheter dans une démarche de développement durable. 
Avec ses 800 000 publications sur Instagram, le hashtag #fastfashion démontre cette préoccupation des plus jeunes concernant une industrie textile trop opaque. Préférant, par exemple, s’habiller en friperie pour une partie d’entre eux. 
De plus, le smartphone fait partie intégrante de leur quotidien, les applications de consommation répondent à leur façon courante d’accéder à l’information. Ils adoptent facilement et rapidement le réflexe du scan en magasin. Les acheteurs de demain ont fait leur cet usage, les entreprises ont donc tout intérêt à anticiper ce changement auprès de leur (future) clientèle.

Quel impact ces applications avec scan ont-elles sur notre consommation ?

Ces applications ne sont pas qu’une affaire de « jeunes ». Selon Le Monde, en 2018, 15 % des Français s'aidaient de ces applications pour acheter leurs courses. En 2020, une étude menée par l’institut national de la consommation et Zero Waste France considérait que 30 % des répondants recourraient à ce type d’application de temps en temps. C’est dire leur impact et le taux de pénétration de cette habitude dans notre quotidien à tous.

Quels effets ces applications ont-elles sur nous, consommateurs ?

Concrètement cet usage qui prend de l’ampleur aurait plusieurs conséquences. Selon une enquête Clear Fashion de septembre 2020, les consommateurs utiliseraient l’application avant tout pour comparer les marques. 56 % d’entre eux s’orienteraient vers des marques bien notées et 55 % décideraient de cesser d’acheter les produits de certaines entreprises. 
Ces applications de notation peuvent donc tout à la fois persuader et dissuader. Elles génèrent un sentiment fort de confiance vis-à-vis des informations disponibles perçues comme objectives. Un peu à la façon des avis de consommateurs ou des influenceurs sur les réseaux sociaux, elles détiennent un pouvoir de recommandation élevé. Certaines applications ont de véritables revendications militantes, ce qui participe à asseoir leur crédit auprès de cibles partageant les mêmes valeurs qu’elles.
C’est ce que confirme une étude menée par Yuka en mai 2019. 92 % des 270 000 utilisateurs interrogés reposeraient un produit alimentaire dont la note est rouge du fait de la présence d’un additif dangereux. 83 % déclarent consommer davantage de produits bruts, non transformés. Enfin 82 % estiment acheter moins, mais de meilleure qualité. 
Ces applications sont également employées par les utilisateurs comme moyen de pression sur les enseignes pour les faire évoluer. 46 % des consommateurs se serviraient de Clear Fashion pour réclamer plus de transparence de la part des industriels.

Comment réagissent les entreprises face au phénomène « appli de consommation » ?

À regarder l’impact sur la consommation et, in fine, sur le chiffre d’affaires des sociétés, on peut comprendre que la tendance ne les laisse pas indifférentes. On constate plusieurs postures. D’abord, la collaboration : des marques font évoluer leurs produits afin de limiter ou d’éliminer toute substance nocive. Comme le président d’Intermarché ayant annoncé le retrait de 142 additifs potentiellement néfastes d’aliments fabriqués par le groupe.

D’autres ont fait le choix de se rapprocher des applications afin de leur fournir des données à jour ou permettant de rectifier des informations erronées.
D’autres préfèrent riposter : certaines entreprises développent leur propre application de notation. Comme Système U avec « Y’a quoi dedans ? » qui recense évidemment les produits de l’enseigne, mais également les articles concurrents.

Enfin, des organismes optent pour la voie du juridique. C’est par exemple le cas de la Fict (Fédération des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viande) qui, en octobre 2020, a envoyé une mise en demeure à Yuka. Laquelle demandant le retrait de leur pétition visant à interdire les nitrites dans la charcuterie.

Qu’on les considère comme nos alliés numériques ou qu’on les regarde avec méfiance, les applications d’aide à la consommation ont pleinement intégré notre quotidien. Et qu’on se le dise, elles ne sont pas près de le quitter : la tendance provient directement des aspirations de la société. Les marques ne semblent avoir d’autre choix que de s’y adapter et d’évoluer à leurs côtés.

Les applications consommation qui ont changé nos façons de vivre (et pourquoi nous allons bientôt voir arriver des appli pour voir l'impact environnemental de nos vêtements)

véronique

Yin yoga, rando, vélo… parfois électrique, j’avoue. Mais mon sport quotidien c’est l’écriture. Avec elle j’apprends et me questionne sur le défi climatique : quel terrain de jeu voulons-nous laisser à nos enfants ?

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