Sois belle et transpire

Athleisure, active beauty… retour sur les termes qui lient aujourd’hui les codes du sport et de la beauté. Comment se sont-ils démocratisés ? D’où vient-on ? Tout se trouve ici.

Sois belle et transpire

Aujourd’hui les codes de la beauté sont fortement corrélés à ceux des sportives que nous voyons sur les réseaux sociaux. Tous physiques confondus elles sont devenues de véritables icônes de notre société. Mais avant que nous en arrivions à cette évolution par quoi sommes-nous passé•es ? Quelles étapes ont précédé la démocratisation du body positive ? Quelle place a été attribuée aux équipements sportifs ? Comment les femmes ont-elles géré la pudeur liée aux époques ? Sportive et beauté, on décrypte tout juste ici. 

"Des grosses dondons qui étaient certainement trop moches pour aller en boîte le samedi soir." Pierre Ménès, 2013.

Là je vous vois venir, vous allez dire “j’ai enfilé mon pilou-pilou pour un moment détente et me voilà encore devant une checklist des pires réflexions sexistes. Merci pour le moral”. Rassure-toi cher•e lecteur.tri•e, ce type de personnages et les réflexions qui l’accompagnent n’auront pas leur place ici. Et on nous dit dans l’oreillette qu’elles ne l’ont désormais plus à la télé.

On va plutôt parler évolution que macho arriéré (oups) et se projeter dans toutes les belles choses déjà accomplies. Si vous êtes déjà passé•es par notre article sur l’Histoire du sport au féminin, vous avez surement déjà quelques bases. Sinon, nous vous invitons à le consulter, évidemment.

Ce que l’on vous propose, c’est de tout simplement décortiquer ensemble le sujet de la beauté chez la sportive en creusant des sujets tels que l’évolution des équipements, la chasse aux femmes musclées et l’influence des réseaux. Ce sera même l’occasion de remettre un petit coup dans les dents du personnage susnommé. Mais c’est uniquement si vous insistez.

Sois belle et transpire
Sois belle et transpire

Sport, équipement et affirmation de soi

Il est possible que vous ayez récemment investi dans l’un des ouvrages de Pénélope Bagieu, intitulé Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent paru aux éditions Gallimard. Dans ce livre, se trouve l’histoire d’Annette Kellerman, une femme qui se met à la natation après avoir contracté la polio à l’âge de 6 ans. À l’époque où grandit notre héroïne, c’est-à-dire dans les années 1890, les maillots de bain ressemblent davantage à des camisoles de forces qu’aux trikinis que nous connaissons aujourd’hui. Les tenues devaient couvrir l’intégralité du corps, être munies de poids pour cacher d’impudiques chevilles et, éventuellement, être assorties d’une splendide charlotte.
Elle est bien loin l’Antiquité romaine et les bains dans lesquels on se baignait… nus.

(⬅ Ceci n'est pas Annette)

Quoiqu’il en soit Annette est bien décidée à vivre son destin de grande nageuse et à ne pas s’embarrasser des conventions de l’époque. Une paire de ciseaux dans une main et du fil à coudre dans l’autre, la voilà qui nous raccourcit tout ça et nous rapproche ainsi du maillot de bain que nous connaissons aujourd’hui. Après quelques démêlés avec la justice, certes.
Non contente d’avoir révolutionné l’équipement lié aux nageuses, Annette a également permis une évolution sociétale en assumant son corps (elle a posé nue) et en se positionnant comme sportive féminine.
Son histoire n’est bien sûr pas la seule et de nombreuses femmes à l’image d’Amélia Bloomer qui a créé la culotte bouffante ou de Suzanne Lenglen qui lança les jupes courtes que nous connaissons aujourd’hui en tennis, auraient pu être citées.

Je vous imagine la larme à l’œil face à tant d’évolution et il serait fantastique que l’histoire s’arrête ici. Mais non. Maintenant que les équipements ont été raccourcis… difficile de les allonger. Allez poser la question à l’équipe norvégienne de beach handball qui a écopé d’une amende de 1500 € pour avoir préféré le short aux culottes échancrées demandées par la fédération. C’est dommage, car de nouvelles dispositions avaient été prises en matière d’équipement pour les volleyeuses, mais elles ne s’appliquent qu’aux joueuses ayant des « motifs culturels et/ou religieux » justifiant une plus grande couverture de leurs corps. Pour un legging ou un lycra, il faudra que les autres joueuses attendent des températures inférieures à 15°.
Comme quoi l’univers du sport regorgera toujours de surprises !

Belle et musclée ? 

Concourez si cela vous occupe, mais n’oubliez pas de rester divertissantes Mesdames !

En 1892, peu après la création du basket par James Naismith ont lieu les premiers matchs féminins, avec des règles modifiées qui comprennent l’interdiction d’arracher le bond à un adversaire ou de dribbler au sol plus de trois fois. Étrange manière de complexifier les règles qui a en réalité pour objectif d’éviter le développement de la nervosité et de provoquer la perte de grâce, de dignité et d’estime de soi. Notons également que ces dames n’ont pas le droit de tirer à deux mains pour ne pas surexposer leur poitrine.
Je m’éloigne du sujet. Les femmes symbolisent donc la douceur, la grâce et la sensibilité. C’est d’ailleurs pour cela qu’à leur arrivée en compétition internationale en 1900 on leur propose des épreuves décentes et délicates telles que le tennis, le croquet ou le patinage artistique.

Sois belle et transpire
Sois belle et transpire

Quelques années plus tard, en 1972 le livre Les sports au féminin : où ? quand ? comment ? écrit par Jeannine M. Héraud pousse le curseur encore plus loin en décrivant le physique de la sportive. Cette dernière doit garder la ligne, garantir un ventre plat et faire attention à la qualité de son shampoing (parce qu’elles le valent bien). L’essentiel étant donc de plaire et de rester élégante dans l’effort. En n’oubliant pas la mise en plis une fois l’effort passé.
{si vous recherchez des lectures sportives qui vous plongeront dans un état d’esprit plus positif, voici un lien qui regorge de livres motivants}

Vous riez (enfin, sans doute jaune), mais ces critères d'un autre âge vont longtemps résister à l’envahisseur bodypositif. Car même aujourd’hui le corps féminin se doit d’être fragile et délicat, un corps musclé ce n’est pas jugé comme étant beau. Enfin, pour la femme. Le nageur musclé par exemple, lui, ne doit pas rencontrer trop de problèmes
Ce qui nous amène à la définition phare de notre article, qu’est-ce que la beauté ? Selon le petit Larousse la voici : “Qualité de quelqu'un, de quelque chose qui est beau, conforme à un idéal esthétique“.
Cet idéal, c’est ce que tentent de changer de nombreuses femmes, passionnées de musculation, de tennis, d’aviron... Avec plus ou moins de succès, comme le montre le cycliste Marc Madiot.

"Une femme sur un vélo, c'est moche !"

Le 20 juillet 1987, sur le plateau de Chacun son tour, les cyclistes Jeannie Longo et Marc Madiot s'affrontent violemment après la polémique sur des propos sexistes du cycliste Marc Madiot à l'encontre du cyclisme féminin. Selon lui  : "il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports féminins [...] Voir une femme sur un vélo, c'est moche !" . 

Marc Madiot face à Jeannie Longo "Une femme sur un vélo, c'est moche!" | Archive INA

“ Musclée is the new sexy !”




Pour revenir sur cette histoire de "sport d'homme" ou "sport de femme", on a choisi d’interroger Manon, adepte de cross training depuis 6 ans.

“Dans la salle, je ne ressens pas de jugement, mais à l’extérieur les regards ont tendance à me faire douter de mon corps, de mon sport.

J’en arrive à porter un gilet pour cacher mes épaules lors de certains évènements. Alors qu’initialement je n’ai pas choisi ce sport pour avoir un ventre plat ou des épaules développées. C’est pour la performance et l’énergie que le Cross Training me procure que je l’ai sélectionné.

{...} Globalement on ne viendra pas critiquer mon ventre plat ou mes fesses musclées. Ce qui provoque des réflexions ce sont les éléments de mon corps qui sont, dans l’opinion publique, propres à la musculature masculine.”

Une femme qui performe, c’est un homme

"Jacqueline c’est un vrai mec !"

Admettons que Jacqueline soit une sportive qui performe, mainte fois championne dans sa catégorie et explosant tous les records. Quelle est la probabilité pour qu’un journaliste (ou votre grand-oncle) ne la gratifie du “compliment” suivant : "Jacqueline c’est un vrai mec !"
Figurez-vous que cette probabilité est tellement élevée que fût un temps (hélas pas encore totalement révolu) on soupçonnait les femmes qui performaient un peu trop d’être génétiquement… des hommes. C’est ainsi qu’en 1968 furent introduits, à Mexico, les premiers tests de féminité. Ces derniers permettaient la détermination du sexe du participant pour n’importe quel évènement sportif. Rassurez-vous, n’en déplaisent à certains commentateurs sportifs, ce type de procédés a officiellement été aboli en 1999.